L’échange entre pairs est éminemment précieux

Entretien avec Amandine Mellira,

présidente de la DFCG Côte d’Azur

Amandine Mellira, pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Car c’est une question que l’on nous pose souvent : comment devient-on DAF ? Votre expérience peut être éclairante.

Il y a plusieurs voies pour devenir directeur financier. C’est ce qui fait la richesse et la diversité du métier.

La voie que j’ai empruntée – disons plutôt qui s’est imposée à moi assez naturellement – débute au Lycée Estienne d’Orves à Nice. Je voulais entrer très vite dans la vie active, mais mes enseignants de terminale m’ont poussée à voir plus loin. J’ai donc passé le DPECF, puis le DECF. C’est là que je suis entrée dans un cabinet d’expertise comptable (Gestion France Entreprises) pour faire mon DESCF en alternance. L’apprentissage correspondait exactement ce que je cherchais, allier théorie et pratique, et ça m’a beaucoup motivé. Très rapidement, j’ai travaillé sur des missions d’audit légal et contractuel, puis d’expertise judiciaire avec des gens passionnés par leur métier.

Ce fut très enrichissant que de pouvoir assister des experts judiciaires et ainsi participer au fonctionnement de la justice. J’ai énormément appris sur la gestion des conflits. Le thème de mon mémoire du diplôme d’expertise comptable (DEC) a tout naturellement porté sur « la mise en œuvre d’une démarche qualité dans les missions d’expertise judiciaire ».

Je ne me suis jamais inscrite à l’ordre et ne le serai probablement jamais. Je n’ai pas envie de m’installer, je préfère me consacrer à une seule entreprise et la voir grandir.

Comment êtes-vous passée en direction financière ?

La vie est faite d’opportunité. Il faut savoir les saisir lorsqu’elles se présentent. Un membre de ma famille a repris une entreprise qui commercialise des solutions télécom BtoB, SAPHELEC, et m’a embarquée dans ce projet pour y prendre la direction financière. Les premiers temps ont été très difficiles : il fallait redresser la société et structurer la fonction finance.

C’est à ce moment que vous avez connu la DFCG ?

J’ai connu la DFCG par le biais d’un article dans la presse. Ça fut un déclic : j’avais besoin de sortir, de m’aérer, d’échanger avec d’autres professionnels.

Une des caractéristiques de notre métier, tient à une forme de solitude. Non par inclinaison personnelle, mais simplement parce que nous sommes tenus par un devoir de réserve. On ne peut pas tout dire, pas tout partager.

Je me suis donc inscrite et je me suis trouvée dans un super groupe ! Bienveillance, écoute… J’y ai trouvé exactement ce dont j’avais le plus besoin.

Nous pouvions parler librement de nos expériences, de nos doutes, de nos difficultés, partager nos réussites…

J’y ai trouvé une forme de réassurance, celle qui permet de se situer. Et puis d’avancer, de progresser. C’est gagnant-gagnant pour tout le monde : les DAF, les entreprises.

De membre de la DFCG, vous êtes devenue membre « très active » jusqu’à la présidence de la région Côte d’Azur

Deux ans après avoir adhéré, Xavier Duchaine qui était à l’époque président de la région Côte d’Azur, m’a proposé de devenir membre du bureau. Très franchement, ce n’était pas un objectif. Je me suis prise au jeu et ai organisé quelques conférences. Nous étions et sommes toujours nombreux au bureau. Il y a un état d’esprit formidable et quelque chose de très stimulant à avancer ensemble.

Nous avons peu de moyens : c’est donc le système « D » permanent. C’est très enrichissant et cela nous soude.

De fil en aiguille, je suis devenue trésorière quand Christophe Sarlot a pris la présidence, dont je veux saluer, par la même occasion, l’immense travail au service de la DFCG Côte d’Azur et en tant que Président des Présidents de régions. Je n’envisageai absolument pas de lui succéder… mais Christophe a su me convaincre !

Comment s’organise l’activité de la DFCG Côte d’Azur ?

On se réunit une fois par mois. Essentiellement pour organiser notre programme de rencontre, retenir des idées de thématiques, de lieux. Car c’est là l’essentiel : permettre à nos membres de trouver ce qu’ils attendent de la DFCG : échanges et partage. Il y a également le copil du trophée finance et gestion - qui est le point d’orgue de nos manifestations - et le copil assemblée générale.

Comme je vous le disais, je n’étais pas candidate à la présidente. Mais aujourd’hui je ne regrette pas. Le bureau est très soudé et c’est vraiment très agréable.

J’ai la chance d’être dans une région avec des professionnels très impliqués, de qualité avec une vraie envie de partage et d’échange.

Comment avez-vous géré cette période Covid ?

Nous avons poursuivi nos bureaux en visioconférence, avec pour objectif de maintenir les liens avec nos membres. Je pense notamment à DFCG au féminin qui, avec Caroline Poupart, a poursuivi ses activités. Nous avons proposé un Webinaire avec EY sur le fastclose et un autre avec BPI France, sur les dispositifs et la vision de l’avenir économique.

Grâce aux relations qu’ils ont pu tisser entre eux à l’occasion de nos réunions, les membres ont pu continuer à échanger via WorkPlace, entre autres, pendant cette période, sur des problématiques fiscales, sociales et notamment la mise en œuvre de l’activité partielle. Car les liens que nous créons ne s’arrêtent pas aux manifestations. C’est tout l’intérêt.

Mais les rencontres physiques restent malgré tout essentielles. Nous avons donc repris nos réunions, notamment avec notre traditionnelle réunion de rentrée au Théâtre National de Nice. Et nous avons hâte de pouvoir reprendre un rythme normal.

Notre objectif est de proposer 1 à 2 évènement par mois qu’il s’agisse de conférences avec nos partenaires ou avec nos clubs (DFCG au féminin, club compétences…). Nous envisageons de créer un club de contrôle de gestion industriel grâce à un nouveau membre très motivé. Nous avons une conférence sur le thème de la blockchain au mois de novembre.

Je crois beaucoup aux clubs qui permettent d’avoir des échanges de grande qualité sur des questions métiers très précises.

Des échanges d’autant plus nécessaires que le métier se transforme ?

En effet. Il y a un afflux impressionnant d’outils en particulier « BI ». Ce sont des outils très intéressants pour aider au pilotage. Le DAF doit être ce business partner qu’attend la direction générale. Nous devons lui apporter les informations essentielles, tant historiques que prévisionnelles, qui lui permette de définir sa stratégie et de prendre des décisions, toujours plus vite.

La difficulté c’est le choix du bon outil, celui adapté à sa structure, à sa problématique. Un bon choix est source d’efficience. Un mauvais choix peut être catastrophique.

Ce que nous parvenons à produire avec ces outils est vraiment incroyable. A une condition : que les données d’entrée soient fiables. On connait bien la musique : « garbage in, garbage out ! ». Au fond, le DAF a de plus en plus la posture de « vigie » de la donnée. Et ce jusqu’au bout du processus, c’est-à-dire à la reddition des chiffres et des analyses. Car nous avons ce sens du discernement qui nous permet de détecter les erreurs.

Notre rôle tient également à la sauvegarde de la pérennité de l’entreprise. On doit être capable d’identifier les signaux faibles pour être le plus en amont possible et permettre de corriger. Pour anticiper, il faut mettre en place et calibrer un certain nombre d’indices. Là encore, l’échange entre pairs est éminemment précieux. Que d’efficience et de temps gagné !

 

Amandine Mellira est Directeur Administratif et Financier de SAPHELEC depuis juillet 2011 après avoir exercé durant 9 ans au sein du cabinet d'expertise comptable GFE-Gestion France Entreprise comme Chef de mission audit et expertise judiciaire. Elle a succédé à Christophe Sarlot à la présidence de la DFCG Côte d'Azur en juin 2019.