« Si 35 % des entreprises utilisent de la RPA, 10 à 15 % mettent en œuvre la RPA cognitive et l’automatisation intelligente »

Le Groupe CSP- RPA-Automatisation intelligente est l’un des plus actifs de la DFCG avec ses quelque 400 membres. Un groupe au programme de travail particulièrement riche avec de nombreuses réunions et conférences et la coproduction d’études et d’enquêtes telle celle qui vient d’être publiée avec le cabinet MARKESS by exægis portant sur la digitalisation des processus financiers. L’occasion d’en dresser un aperçu avec le président du groupe, Armand Angeli.

Armand Angeli, vous animez le groupe CSP RPA Automatisation intelligente. Quelles sont les objectifs de ce groupe ?

Pour comprendre nos objectifs, il faut remonter au début des années 2000. Au moment où les directions financières exploraient la mutualisation de leurs fonctions comptables et paies pour rationaliser leurs coûts.

Avec quelques dirigeants financiers comme Fabrice Roy (maintenant chez Securitas) et Jean-Michel Segui (alors chez Schneider) j’ai créé ce groupe pour partager les expériences et les bonnes pratiques. Car mutualiser et rassembler dans un centre unique, un CSP, les fonctions financières, ressources humaines, informatiques, etc. est un exercice périlleux qu’il faut parfaitement maitriser au risque de tourner à la catastrophe.

Avec son pendant externe à l’entreprise, l’externalisation ou BPO, ce mode d’organisation a pris de plus en plus d’ampleur, ce qui nous a conduit à publier un white paper et de nombreux articles, comptes rendus de nos réunions de groupe. Nous avons organisé des formations au sein de la DFCG et animé de nombreuses conférences sur Financium.

Puis avec le développement des outils d’automatisation et de robotisation, plus faciles d’accès pour les métiers, comme la RPA (Robotic Process Automation), notre groupe s’est focalisé sur l’automatisation sous toutes ses formes depuis la RPA jusqu’aux plateformes intelligentes d’automatisation. En effet les CSP sont des terreaux fertiles pour l’automatisation, en raison des volumes de tâches répétitives à traiter, avec des processus stables et un grand nombre de collaborateurs et la recherche continue d’innovation et de productivité. C’est cette nouvelle voie que nous explorons désormais dans le groupe

Quelles sont les clés du succès de ce groupe ?

Le besoin de repères et les retours d’expériences constituent indéniablement les ressorts de ce groupe. Toutes les entreprises, de toute taille, cherchent à automatiser leurs fonctions afin de devenir plus productives, plus efficaces et de réduire leurs coûts. Mais beaucoup ne savent pas exactement comment s’y prendre. Notre groupe répond parfaitement à ce besoin de partage d’expériences. Un partage qui fonctionne d’autant mieux que nous sommes nombreux – environ 400 – à échanger provenant de fonctions diverses. Il y a des directeurs financiers bien sûr, mais également des patrons de CSP, des dirigeants de la transformation digitale, de centres d’expertise en automatisation, de l’audit interne, des Systèmes Informatiques, etc. En somme, toute la communauté intéressée par la compliance et l’automatisation. D’ailleurs je qualifierais volontiers ce groupe de think tank. Précisions que nous n’accueillons ni les cabinets de conseil ni les offreurs de solutions mais nous les invitons parfois sur des points précis.

Comment animez-vous ce groupe et quelles sont vos méthodes de travail ?

Avec Marie-Louise Bigot, vice-présidente du groupe et Franck Eustache, de RTE, nous proposons aux membres un programme de d’évènements qu’il s’agisse de conférences plénières, de petit-déjeuner ou de tables rondes virtuelles autour d’experts sur des sujets très pointus. Ainsi, par exemple, nous participons au programme des rencontres du digital et de la finance d’entreprise du 18 septembre prochain. Marie-Louise et moi y animerons deux conférences.

Ces manifestations permettent de créer des liens entre membres. De la sorte, en cas de nécessité, chacun peut faire appel à l’expérience de l’autre. Ces liens interpersonnels sont essentiels et fonctionnent merveilleusement bien.

Nous animons également des conférences à l’étranger ce qui contribue à un surcroit de notoriété et nous permet aussi de nous tenir au fait des pratiques internationales en matière de transformation et d’outils.

Ce partage d’expérience combiné à une veille permanente alimente des articles et des dossiers que nous rédigeons pour la revue Finance&Gestion. Mais également des cahiers techniques du groupe GSID, et enfin des formations dont les « ½ journées expert » que DFCG formation propose actuellement en visio.  

Comment vous rejoindre ?

Rien de plus simple : il suffit d’en faire la demande en me contactant directement (armand.angeli@orange.fr / 0609843969). La plupart de temps, cela se fait par bouche à oreille.

Nous disposons également d’un groupe sur le réseau social interne de la DFCG (Workplace) et qui constitue un nouveau moyen de nous rejoindre. Il suffit d’en faire la demande.

Toutefois, je tiens à préciser que, à la demande des membres, nous nous sommes toujours interdit d’ouvrir le groupe aux apporteurs de solutions afin de ne pas biaiser l’échange. Ce que chacun comprend parfaitement.

L’intitulé du groupe a récemment évolué en ajoutant le vocable « d’Automatisation intelligente » ? Ne l’était-elle pas auparavant ?

S’agissant de RPA, de quoi parle-t-on exactement ? Prenez une personne devant son écran qui reproduit la même tâche toute la journée à savoir, collecter de l’information sur son écran pour la recopier ailleurs sur un autre écran sans autre valeur ajoutée que de savoir discerner la correspondance des informations entre deux applications… et au risque d’erreurs de saisie. Avec le RPA, cette action physique peut s’automatiser avec un robot qui aura appris à simuler ce que fait cette personne. L’opération va plus vite et les risques d’erreurs s’en trouvent amoindris. Il s’agit d’une sorte de macro Excel qu’il est possible de faire fonctionner sans l’intervention de l’IT… jusqu’à ce qu’elle réagisse pour des raisons de sécurité.

Mais en tant que telle, la RPA n’est pas intelligente. Un système comme l’OCR par exemple, est conçu pour aller chercher l’information exactement là où on lui dit. On atteint rapidement des limites puisque le robot ne saura pas gérer les exceptions ou l’imprévu. Dès que l’information n’est plus à l’endroit indiqué le robot est perdu ! Il faut alors le recoder.

Désormais, on est capable d’adjoindre une couche d’intelligence par exemple pour aller prendre de l’information dans des documents qui ne sont pas structurés sans avoir à reprogrammer à chaque étape nouvelle. On nomme cela la RPA cognitive. Elle utilise des outils intelligents comme le machine learning, le Natural Language Processing, le data mining et le process mining. Elle va être capable d’aller chercher l’information pertinente sur différents supports non structurés : email, écran, langage). En somme, elle va chercher l’information non plus là où on lui dit mais là où elle se trouve.

Notre groupe travaille et échange donc naturellement sur cette évolution majeure. CQFD.

L’Intelligence Artificielle, ou plutôt l’Intelligence Augmentée comme vous préférez l’appeler n’est pas nouvelle. Pourquoi un si fort développement seulement maintenant ?

En effet, le principe de l’IA date d’il y a 50 ans. Mais son fonctionnement demande beaucoup de puissance et de données. L’augmentation exponentielle de la puissance des processeurs conjuguée au Big Data rend désormais les choses possibles.

Comment avoir accès à cette RPA cognitive ?

Il existe plusieurs approches. Soit l’entreprise achète différentes briques pour les assembler elle-même et créer sa propre plateforme. Soit elle achète une plateforme complète.

Entre les deux, il y a des outils qui sont verticaux et qui correspondent à des processus communs à toutes les entreprises. Ils sont préprogrammés et nécessitent un minimum d’adaptation à l’entreprise. Prenons l’exemple de la clôture. Il s’agit d’un ensemble de 300 tâches environ, souvent similaires à toutes les entreprises. Ou encore ceux qu’on peut entrainer avec le machine learning pour prendre en compte les besoins propres à l’entreprise, comme le lettrage intelligent des encaissements.

Ces systèmes sont couteux et demandent des experts et donc difficiles d’accès pour les PME et groupes de taille moyenne qui peuvent se tourner vers des solutions d’automatisation-as-a-service avec paiement à l’usage qui permettent d’évoluer en douceur et de tester les outils d’IA. C’est d’ailleurs le thème d’une table ronde virtuelle très demandée de notre groupe.

L’enjeu n’est-il pas dans le prédictif ?

Si 35 % des entreprises utilisent vraiment de la RPA, 10 à 15 % mettent en œuvre de l’IA autrement dit, utilisent de la RPA cognitive. Ils peuvent contribuer au pilotage et à la performance de l’entreprise en produisant des reportings, des analyses, et des prévisions en fonction de ce qui s’est déjà passé. Mais c’est encore peu mature, pour une simple raison : il faut des personnes compétentes entre la finance de l’informatique et data scientists.

En réalité plutôt que de supprimer des emplois, l’IA en créera un peu plus car pour fonctionner elle requière des collaborateurs dotés d’une expertise technique. Ce qui engendrera plus de coût, ou plutôt des investissements pour, en retour, obtenir une information de meilleure de qualité. Cette montée en compétence va demander du temps.

Mais attention à ne pas céder aux effets de hype technologique. Les nouvelles technologies ne sont pas magiques sans données de qualité ni processus revus et simplifiés.

Votre groupe a collaboré à une étude sur la digitalisation des processus financiers. Quelles sont les principales conclusions ?

Cette étude que nous avons conduite avec le cabinet MARKESS by exægis corrobore le fait que nous sommes – selon 60 % des décideurs – encore peu mature en matière digitale. Pour autant, il ne faut pas y voir l’aveu d’un renoncement puisque 81 % souhaitent automatiser les tâches à faible valeur ajoutée. Tout en ayant bien compris que cela passait également par la nécessité de revoir les processus pour les optimiser et les simplifier (72 %).

Quels sont les objectifs ? Gagner en efficacité (63 %) et améliorer la productivité (53 %) sont les motifs qui viennent en tête.

Viennent ensuite les enjeux relevant d’une dimension plus stratégique autour du pilotage de la performance ; puis des enjeux autour de la donnée, en termes d’amélioration de leur qualité et de leur fiabilité ainsi que d’efficacité de leur gestion. Et enfin ceux de sécurisation et de maîtrise des risques, de réduction des délais de paiement et de conformité au cadre réglementaire. Car ces outils permettent de détecter automatiquement les fraudes et les erreurs et c’est pour ça qu’ils ciblent en priorité le processus PtoP.

De telles études sont parties intégrantes de la valeur ajoutée du groupe. Car elle permet au dirigeant de se positionner, en traçant une tendance. Elle permet de répondre à l’un de nos objectifs : se benchmarker et ainsi prioriser ses actions.

Elle montre enfin le rôle essentiel du DAF dans la transformation.

Encart

Armand Angeli est un fidèle de la DFCG, dont il est membre depuis bientôt 26 ans.

Touche à tout, ce diplômé de l’INSEAD a débuté sa carrière chez IBM comme ingénieur qualité avant de prendre la responsabilité des achats puis de la vente et enfin de la finance. Corde supplémentaire à son arc, il a dirigé chez IBM et Case, un département audit interne.

Armand Angeli est également tourné vers l’international. D’abord chez GE au poste de contrôleur financier Europe avant d’exercer un temps aux USA.

Rentrant en France, il ancre son activité sur les problématiques de CSP et d’outsourcing dont il devient un expert reconnu, d’abord chez PwC puis comme associé chez Grant Thornton et enfin pour HPE.

Désormais, il accompagne des entreprises internationales qui souhaitent se positionner sur le marché français et d’Europe du Sud sur des logiciels et services à valeur ajoutée pour la transformation et la performance des organisations.

Armand Angeli anime les groupes international et CPS RPA Automatisation intelligente de la DFCG.

Publié le 5 juin 2020.

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